Il est 20 h 35 et, d’après le tableau d’affichage de Milan Central, le Frecciarossa direct pour Rome part : à 23 h 25, il sera à Termini. Deux heures et 50 minutes, c’est le temps des liaisons les plus rapides entre les deux villes. À l’autre bout du monde, par contre, il y a un super-train qui, en théorie, parcourrait la même distance en moins d’une heure et demie.
Présenté à Pékin le 29 décembre 2024, le CR450 est le successeur des Fuxing, ces trains qui roulent aujourd’hui à 350 km/h en Chine. Pour gagner en vitesse, les ingénieurs ont surtout travaillé sur l’aérodynamisme. Le nez est passé de 12,5 à 15 mètres, le train est plus bas de 20 centimètres et les bogies sont carénés, comme sur les voitures de course.
Résultat : une résistance globale réduite de 22 % et un poids réduit de 10 %.
La différence, ça se sent à l’accélération. À l’arrêt, il atteint 350 km/h en 4 minutes et 40 secondes, soit 100 secondes plus vite que les Fuxing actuels, et lors des essais, il a atteint 453 km/h. D’après les chemins de fer chinois, une fois en service, ce sera le train à grande vitesse le plus rapide du monde.
Mais on ne sait pas encore où ni quand il fera ses débuts.
Le Frecciarossa à 300 à l’heure : pourquoi il ne roule pas plus vite (même s’il en serait capable)
L’Italie a elle aussi frôlé ces vitesses. Dans la nuit du 25 au 26 février 2016, un Frecciarossa 1000 a atteint 393,8 km/h sur la ligne à grande vitesse Turin-Milan, ce qui constituait à l’époque un record italien. Ces essais servaient à l’homologuer pour circuler à 360 km/h avec des passagers.
On parlait déjà d’un trajet Milan-Rome en 2 heures et 20, mais ça ne s’est jamais concrétisé: en service, le Frecciarossa reste à 300 km/h, la vitesse maximale autorisée sur le réseau italien.
Bref, la limite, ce n’est pas le train, mais les voies. D’après certaines estimations, les adapter aurait coûté trop cher par rapport aux minutes gagnées.
Le goulot d’étranglement de la ligne à grande vitesse Milan-Rome se trouve au sud de Florence
Jusqu’à Florence, la grande vitesse est relativement récente : la ligne Milan-Bologne est en service depuis 2008 et celle de Bologne à Florence depuis 2009, presque entièrement en tunnel. Plus au sud, il y a la « Direttissima » Florence-Rome, la première ligne à grande vitesse d’Europe, dont les premiers tronçons ont été ouverts en 1977, où on ne dépasse pas les 250 km/h.
Nicola Zaccheo, président de l’Autorité de régulation des transports, l’a qualifiée de saturée et a souligné la nécessité de deux nouvelles voies.
Train depuis Milan Centrale ou avion depuis Linate : qu’est-ce que ça changerait pour ceux qui vont à Rome ?
Aujourd’hui, environ 100 Frecciarossa circulent chaque jour entre Milan et Rome, soit un toutes les 15 minutes aux heures de pointe. Le vol Linate-Fiumicino dure environ une heure et 10 minutes, mais à ça, il faut ajouter le trajet en métro M4 jusqu’à l’aéroport, les contrôles de sécurité et le trajet depuis Fiumicino, qui est en dehors de la ville.
Le train part du centre-ville et arrive au centre-ville.
Passer à 2 heures et quart rendrait encore plus pratique l’aller-retour dans la journée : réunion à Rome et retour à temps pourl’apéro à la Darsena. En moins d’une heure et demie, prendre l’avion pour Rome deviendrait difficile à justifier.
Pour l’instant, sur le panneau d’affichage de Centrale, on voit toujours nos 2 heures et 50. Et la prochaine fois que tu passeras par Florence, tu sauras que ce n’est pas le train qui freine, mais les rails.